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Note
L’image produite par le téléphone mobile semble douée d’une vertu liquide de nature visqueuse. Il suffit de bouger très légèrement le cadre pour que l’ensemble des pixels soit affecté d’une onde de choc qui bouscule les éléments moléculaires de l’image. Lors d’un mouvement plus rapide, la vue se dissout totalement et s’évanouit à la manière d’une gelée lente, au cours de mouvements apparemment chaotiques, avant de se reformer au gré de la coalescence soudaine des pixels. C’est la nature de cette image corpusculaire — impressionniste, mosaïque, tactile, proche des fusains de Seurat — qui donne sa forme au film, The Pencil of Nature. Réalisé en février 2008, ce journal filmé obéit à un principe simple : tourner chaque jour quelques images durant un mois avec un téléphone mobile. J’ai filmé des paysages, mes proches, des touristes, des fenêtres, des objets. J’ai laissé filer le plaisir du filmage sans souci de structure ni de dispositif. Le film est monté au fil de la chronologie. En élisant des impressions fugaces (des ombres sur le sol, de la fumée, un éclat de lumière), entre l’épiphanie et l’insignifiance, en explorant leur capacité à se constituer comme des souvenirs volatiles, à la fois tenaces et toujours susceptibles de s’effacer, le film ne fait qu’étendre les qualités de l’image propre au téléphone mobile au domaine de la mémoire, comme si la force du souvenir reposait sur l’imprécision tactile de la vue.
Pour rompre le caractère par trop subjectif de ce journal, j’ai confié l’écriture de la musique à un compositeur, Arnaud Deshayes, et celle du commentaire à Jean Breschand, réalisateur, écrivain. Le journal filmé devient un lieu d’hospitalité et de méditation. Le titre fait référence au premier livre de photographie, dû à William Henry Fox Talbot, The Pencil of Nature, publié en 1844.
Érik Bullot, juin 2009
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Commentaire
Jean Breschand
Dedans Je suis dedans et ça tourne à l’intérieur
Chaque arbre est une fenêtre
L’enfant De toute façon
Pas d’image qui ne tremble
Fixe ce n’est pas une image C’est un ordre
Pas d’image qui ne soit un désordre
Peu importe Seul importe le tremble
Il bruit même sans le vent
Entendre et faire écouter
Miettes Éclats
Instants Présent
Films en boîte Téléphone écran
De cette terre de quoi nous souviendrons nous ?
Du cœur palpitant des taxis Quoi d’autre ?
Ah si On marchait Oui C’est ça En ce temps-là, on marchait
Voilà L’infini des volumes dressés sur leur tranche
L’infini est un effrayant steadycam
De quoi se sont-ils souvenus ?
Nous voilà Au milieu du nouveau monde
On marchait par les jardins Il y avait des voix et des visages
Nous voilà Demain est ici aujourd’hui
Alors nous nous parlons à nous-mêmes De ce temps où nous gardions des éclats
De la fumée dans les yeux
Nous marchions sur la terre Nous étions nos propres enfants
Les Terriens parlent aux Terriens
Nous sommes De toute façon L’enfant
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Voir The Pencil of Nature.
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